Présidentielle Française 2017: à 3 semaines du 1er tour

Il ne reste que trois semaines avant le 1er tour de l'élection présidentielle française. Les sondages de la semaine passée montrent surtout une forte progression de Jean-Luc Mélenchon (le candidat du parti/mouvement "La France Insoumise"; Pour ceux ne suivant pas la politique française, il s'agît d'un parti de gauche dure ou "radicale"). Une progression si importante que Mélenchon peut maintenant espérer terminer 3e ou, dans un scénario hautement improbable, 2e du 1er tour.

Probabilités de se rendre au second tour; Intervalles de confiance à 95% pour le 1er tour

L'idée que je suis en train d'écrire un billet où je mentionne les chances non nulles d'un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon est assez folle. Mais c'est bel et bien le cas. Après, soyons clairs, les probabilités sont très, très faibles (on parle de 42 simulations sur 50'000) et un second tour entre Emmanuel Macron (En marche!) et Marine Le Pen (Front National) reste de loin le scénario le plus probable. Il reste que ce n'est pas totalement impossible, surtout si la tendance se maintient. Les chances de Mélenchon de terminer devant Fillon sont d'environ 2%.

De manière plus générale, si l'on tient compte de toute l'incertitude qui existe (électeurs indécis et qui peuvent changer d'avis, absention, marges d'erreur, etc), je crois qu'il serait faux de prétendre que les jeux sont faits. Fillon en particulier n'est de loin pas éliminé.

Certains pourront trouver que j'inclus trop d'incertitude dans mes simulations (je vais bien au-delà des marges d'erreur classiques), surtout que les sondages français ont peu de volatilité, mais je vous rappellerais qu'aux Etats-Unis par exemple, la "vraie" marge d'erreur a été estimée à 7%, pas 3%. Lorsque l'on essait de prédire un phénomème tel que le vote, il faut se souvenir que les gens peuvent changer d'avis, ils peuvent ne pas voter, ils peuvent mentir aux sondeurs, refuser de répondre, etc. Dans le cas présent de l'élection française, je crois qu'il est sage d'inclure beaucoup d'incertitude. Nous avons une situation inédite avec Macron (un candidat sans réel parti), une abstention qui pourrait être très élevée (pour rappel, la dernière fois que l'abstention a été élevée, en 2002, les sondages avaient été dans l'erreur) et un nombre élevé d'indécis. Mais n'interprétez pas mes chiffres comme disant "tout peut arriver". Bien au contraire, je montre qu'un second tour Macron-Le Pen est de loin le plus probable.

Une autre façon de voir la situation est que pour que Fillon dépase Macron, cela ne prend "qu'une" erreur des sondages de 2.5 points. Je peux vous assurer que les sondages font très souvent une telle erreur.

Avant de continuer cet article, je me dois de mentionner qu'après avoir posté mon analyse la semaine dernière, j'ai découvert un site français très intéressant: Depuis1958.fr . Son auteur fait aussi la moyenne des sondages et simule les résultats possibles. Sa méthodologie est cependant fort différente de la mienne et nous n'incluons pas les mêmes sources d'incertitude (par exemple il ne tient pas compte de la sureté du vote). Au final nos résultats sont relativement similaires (bien qu'il accorde bien moins de chances à Fillon) et je crois que quiconque s'intéresse à cette élection présidentielle devrait lire nos deux analyses.

Ok, regardons ainsi la distribution des résultats possibles selon mes 50'000 simulations. Le sommet de chaque distribution vous indique le résultat moyen pour chaque candidat (donc environ 25% pour Le Pen, 24% pour Macron, 18-19 pour Fillon, 14% pour Mélenchin et 12% pour Hamon).



Tout comme la semaine dernière, Macron est de loin celui avec l'incertitude la plus grande (sa course est plus élargie). Le fait que ses électeurs sont en moyenne moins sûrs de leur choix (environ 60% seulement sont sûrs, contre plus de 75% des électeurs pour François Fillon et plus de 80% de ceux pour Marine Le Pen) fait en sorte que son plancher est faible. D'un autre côté, son positionnement centriste fait en sorte qu'il peut ralier des électeurs d'à peu près partout et cela lui donne un plafond au-dessus des 30%. Macron a reçu la semaine passée le soutien de l'ex-Premier Ministre Manuel Valls (Socialiste qui avait perdu la primaire de gauche). Un ralliement qui a fait crié plusieurs à gauche (Valls avait promis de soutenir Hamon) et dont Macron ne semblait pas super heureux (il ne veut pas être perçu comme le candidat de la gauche ou la continuation du gouvernement précédent, cela va contre son message de centriste). Personnellement, je trouve un peu surprenant de voir que son vote reste si mou avec environ 40% de ses électeurs déclarant qu'ils peuvent encore changer d'avis. Son vote devrait se solidier à mesure que l'on approche de l'élection.

À l'inverse, Le Pen est la candidate avec l'incertitude la plus faible. Son vote est sûr, concentré auprès des groupes d'âges qui ont tendance à voter mais elle ne peut pas compter sur le ralliement de beaucoup d'électeurs. Une forte abstention l'aiderait fort probablement. Sa présence au second tour est quasi assuré mais je pense qu'elle tient à terminer première du 1er tour, au moins pour le côté symbolique.

Mélenchon est rendu à près de 15% en moyenne (il pointe même à 16% dans l'un des sondages). Étant donné la très faible volatilité des sondages français, une telle hausse est majeure (la faible volatilité est due au fait que les sondeurs de l'Hexagone ne font pas des échantillons purement aléatoires mais utilisent au contraire la méthode des quotas et "redressent" les résultats en se basant sur les vote passés - ce qui veut dire par exemple que si un échantillon ne contient que 10% d'électeurs déclarant avoir voté Le Pen en 2012, alors qu'elle avait recueilli près de 18% des voix, les sondeurs vont ainsi pondérer les observations pour corriger cela). La progression de Mélenchon montre qu'il avait bel et bien remporté le premier débat le 20 mars (il y avait un sondage facebook -donc non scientifique- durant le débat avec plus de 50'000 participants et Mélenchon était perçu comme le meilleur candidat par plus de 50%! D'autres sondages, scientifiques, ont montré les mêmes résultats qualitatifs). Cette progression se fait aussi au dépend du candidat Socialiste Benoît Hamon dont la campagne semble en chute libre (il pointe à 8% dans un sondage!).

Il semble que les électeurs de gauches aient décidé de se rallier à Mélenchon. Les centristes du PS ayant déjà quitté pour rejoindre Macron. Hamon voit ainsi ses électeurs partir sur sa gauche et sa droite et il semble absolument inconcevable qu'il puisse se rendre au second tour. Le PS se devra de se regrouper pour les législatives en juin.

Fillon reste stable avec environ 18% des intentions de votes. Ses chances de finir 2e existent car son électorat est solide et définitif. Vous pouvez voir dans le graphique ci-dessus que sa distribution chevauche celle de Macron un nombre non-négligeable de fois. Là aussi, ne vous métrompez pas, François Fillon n'est de loin pas favori pour finir dans le top 2, mais il y a assez d'incertitude pour que je ne puisse l'exclure. Ses chances ont augmenté depuis la semaine passée pour trois raisons essentiellement. Premièrement, sa moyenne a progressé un peu et son vote s'est raffermi (il est maintenant presque aussi sûr que le vote Le Pen). Deuxièmement, Macron a baissé un tout petit peu. Finalement, j'ai mis à jour la redistribution possible entre les candidats pour les électeurs indécis. cette partie est en bonne partie subjective (je me base sur le report des voix dans les sondages, etc). Je n'ai pas fait de grand changement mais cela a suffi pour aider Fillon un petit peu.

À remarquer que Fillon ne doit pas être heureux de voir Nicolas Dupont-Aignan à près de 5% dans les sondages. Ce sont des votes qui pourraient fort bien être pour lui (proximité idéologique) dont il aura bien besoin s'il veut créer une surprise d'ici 3 semaines.

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