Pierre Karl Péladeau a pris tout le monde par surprise hier en annonçant son départ de la direction du PQ (et de la vie politique) en raison de problèmes familiaux. Cela à peine un an après son élection triomphante (57% des voix) à la tête du parti souverainiste.

Au-delà du choc initial, il y a de bonnes raisons de penser que cette annonce est en fait une bonne nouvelle pour le Parti Québécois. J'irais jusqu'à dire que la personne la plus triste hier était probablement Philipe Couillard!

PKP à la tête du PQ n'a jamais vraiment eu beaucoup de sens. Un corporatiste qui veut faire de la souveraineté une priorité pour le PQ? Un gars qui a déjà été directement opposé aux syndicats, eux qui ont depuis longtemps été avec le PQ? La personne qui avait fait déraillé la campagne de Pauline Marois en 2014 avec son poing levé, demandant un pays? Soyons honnêtes, PKP avait été élu à la tête du PQ simplement en raison de son nom et du fait qu'il était vu comme une "superstar" qui pourrait faire gagner le PQ, un parti qui a comme meilleur résultat du 21e siècle une courte minorité en 2012. En d'autres mots: le sauveur dont le PQ avait besoin.

PKP n'a jamais semblé très à l'aise en politique. Sa campagne au leadership n'était pas bonne (ça n'avait pas d'importance, la course avait été remportée dès que PKP avait annoncé sa candidature). Il multipliait les gaffes. Et son court règne à la tête du PQ a été marqué par plusieurs problèmes, surtout avec la vieille garde de ce parti.

Mais il y avait un gros problème, le PQ sous PKP n'allait nulle part. Du moins selon les sondages. Après une courte (et petite) lune de miel après son élection, le PQ était repassé en 2e position.

Regardons les plus récents sondages. Selon le Crop du 21 avril, le PLQ était en tête des intentions de vote avec 33% (1 de plus qu'en mars), le PQ arrivait 2e avec 26% (-4), la CAQ juste derrière avec 25% (+1) et QS à 14%. Tout cela avec 61% d'insatisfaits! Quant au Leger du 24 mars, le PLQ y était à 33%, le PQ à 30%, la CAQ à 22% et QS à 10%. 65% d'insatisfaits.

Transposés en sièges via le modèle de projections, cela nous donne essentiellement les résultats suivants:

PLQ: 46-64 sièges; 86% de chances de gagner

PQ: 29-55; 14% de chances

CAQ: 14-35; 0.2% de chances

QS: 3-6

À première vue ce n'est pas si mauvais pour le PQ. Ce dernier avait aussi remporté confortablement la partielle dans Chicoutimi il y a deux semaines. Mais rappelons-nous que nous sommes à mi-mandat du gouvernment Couillard, un gouvernement avec plus de 60% d'insatisfaits et empiétré dans de multiples scandales. Le PLQ est aussi souvent sous-estimé dans les sondages. Or, malgré tout cela, le PLQ reste en tête! Le PQ se bagarre pour la 2e place avec la CAQ et continue de perdre des sièges à QS (qui est probablement surestimé, comme c'est souvent le cas en-dehors des campagnes électorales).

C'est vraiment là que le bât blesse (ou blessait) pour PKP. Et l'ex chef du PQ en était bien conscient. Bien sûr, nous ne sommes pas en période électorale et Justin Trudeau a bien démontré que les campagnes peuvent changer les opinions. Mais PKP n'était pas Trudeau. Raisonnablement, le PQ devrait être en tête dans les sondages. De plus, la cote de popularité de PKP n'était pas bien haute. 55% des répondants du dernier Leger étaient insatisfaits de son travail. Même en se limitant aux électeurs Péquiste, PKP n'était "qu'à" 79% de satisfaits, le plus faible résultat des 4 chefs des principaux partis (auprès de leurs partisans).

La résistance du PLQ est remarquable. Tant dans les intentions de vote provinciales que dans la partielle dans Chicoutimi. Les Libéraux sont vraiment toujours là. Mais ils le doivent en partie à une opposition faible. Si cet article porte sur PKP et le PQ, on ne devrait pas oublier que François Legault et la CAQ ne font pas mieux.

Si l'on regarde dans l'avenir, une campagne avec PKP aurait pu être catastrophique pour le PQ. Surtout si son chef allait vraiment parler de souveraineté à tout va. Le PLQ se réjouissait de cela. La peur d'un référendum avait complètement déraillé la campagne de Pauline Marois, alors imaginez contre PKP! Les électeurs plus à gauche se seraient reportés sur QS. En plus, PKP avait le mérite d'attirer certains électeurs CAQ, ce qui divisait l'opposition. À plus court terme, PKP avait raison de vouloir moderniser le parti mais sa façon de le faire n'était probablement pas optimale. Son inexpérience politique était un autre handicap. Finalement, il reste qu'une partie des électeurs traditionnels de ce parti n'étaient pas vraiment d'accord avec PKP. Ces membres acceptaient PKP car il devait les amener à la victoire, mais cette dernière semblait de plus plus en improbable.

Les membres du PQ vont devoir faire un choix. Mais s'ils choississent le bon candidat, ils pourraient relancer leur parti. Le PQ va aussi bénéficier d'une visibilité accrue dans les médias (ce qui peut être à double tranchant cependant). Et une fois choisi, le nouveau chef bénéficera d'un petit bonus traditionnel. Juste à temps pour préparer l'élection de 2018. Dans tous les cas, l'expérience PKP au PQ est maintenant une chose du passé. Qui lui succèdera? On peut imaginer qu'Alexandre Cloutier, qui avait terminé 2e l'année dernière, devrait être l'un des favoris. Cependant, il était aussi l'un des candidats les plus ouverts à organiser un autre référendum. Un enjeu pas forcément gagnant actuellement et une position qui permet au PLQ de faire une campagne facile. Si je devais donner un conseil, je dirais qu'unifier le mécontentement contre le gouvernement Libéral est bien plus prioritaire pour le PQ que de parler d'un autre référendum.