12 octobre 2013: Soutien à la charte se stabilise, le PQ resterait favoris en cas d'élections

Le dernier sondage Léger pour le compte du Devoir nous montre essentiellement deux choses. Premièrement, le soutien à la Charte des Valeurs Québécoises semble s'être stabilisé. Deuxièmement, les intentions de votes sont essentiellement inchangées. Le premier phénomène n'est probablement pas étranger au second.

Les projections et probabilités montrent que le Parti Québécois partirait favoris pour remporter le scrutin, malgré un retard de 2 points sur le Parti Libéral. Néanmoins, il faut bien reconnaître que des élections automnales seraient risquées pour Pauline Marois. 60% de chances de gagner n'est pas négligeable, mais de là à parier sa carrière politique? Il y a un grand pas.

Intentions de votes; Projections de sièges avec intervalles de confiance à 95%; Chances de gagner

Les chances d'une majorité Péquiste sont de 33%. Celles d'une majorité Libérale sont de 19%. Ainsi un gouvernement majoritaire serait le scénario le plus probable (19+33=52%)! Cela peut sembler étrange puisque le scénario "moyen" présenté ci-dessus montre le PQ minoritaire. En fait, le PQ a davantage de chances de remporter le scrutin de façon majoritaire que minoritaire (lorsque le PQ gagne, il est majoritaire plus de 50% des fois). Mais le scénario moyen tient compte des autres possibilités, tel qu'un gouvernement PLQ majoritaire.

Il s'agît d'une situation où la moyenne n'est pas forcément le scénario le plus probable. Les probabilités peuvent être étranges parfois et c'est pourquoi il y a un avantage à utiliser des simulations systématiques et laisser les calculs à un ordinateur.

En gros, si le PQ gagne, il a davantage de chances d'avoir une majorité qu'une minorité. Pour le PLQ, c'est l'inverse. Le fait que les deux principaux partis peuvent obtenir une majorité montre bien à quel point la situation est serrée.


Pour la formation souverainiste, la question est vraiment de réussir à récupérer les électeurs de la CAQ. La situation actuelle n'est pas si éloignée de celle de 2008 lorsque l'ADQ était en chute libre. À l'époque, Jean Charest avait fait le pari (gagnant) qu'il était en meilleure posture pour récupérer ces votes et sièges. Il faut dire cependant que les sondages donnaient une avance bien plus importante au PLQ que les sondages actuels pour le PQ.

Selon un article (réservé aux abonnées) du JdM, le PQ souhaiterait partir en élections avant que la CAQ ne s'effondre davantage. Je suis en grande partie d'accord avec cette logique. Tous mes calculs et estimations montrent qu'en règle générale, la CAQ sous les 20% fait davantage de mal au PLQ. Le PQ commence à être affecté lorsque le parti de François Legault grimpe de 20% à 30%. Ainsi, si Pauline Marois et ses stratèges pensent qu'il y a un réel risque que la CAQ continue de baisser, ils feraient mieux d'y aller maintenant. C'est particulièrement le cas si la CAQ devait s'effondrer à Québec.

Je m'aventure en conjectures ici, mais je pense que le PQ a réalisé qu'atteindre les 40% est rendu quasi impossible maintenant. Ainsi, une éventuelle majorité ne passe pas tant par un ras-de-marré au Québec que par une campagne bien ciblée et faire les quelques gains nécessaires dans quelques comtés clés. Si 2012 nous a montré quelque chose, c'est aussi que le PLQ ne peut quasiment pas chuter sous les 30%, pas sans un événement majeur. Ainsi, le PLQ à 35-36% est fort probablement aussi bas que possible étant donné que ce parti a un nouveau chef. Et c'est là que la Charte entre en jeu. Une campagne centrée sur les valeurs Québécoises et la charte pourrait permettre au PQ de récupérer les votes CAQ nécessaires (sans parler de reprendre ces cruciaux 2-3% qui étaient partis à ON). Quand je dis cela, je parle bien sûr du 450 où le PQ a l'oeil sur 6-7 comtés. Des gains qui rapprocheraient Pauline Marois de son rêve de majorité.

Les risques de cette stratégie sont essentiellement les suivants: 1. Une campagne qui crée deux camps pourrait bien profiter au PLQ. Encore une fois, cela dépend de si la CAQ résisterait à 18% ou continuerait sa chute. Dans ce cas, le PLQ en serait le principal bénéficiaire. 2. Québec Solidaire pourrait bien récupérer les votes anti-charte dans quelques régions, en particulier Montréal. Cela pourrait coûter 1-2 sièges au PQ sur l'île. Cela peut sembler faible, mais rappelez-vous que la stratégie du PQ en est une qui mène à une majorité du style 63-65 sièges. En d'autres mots: il y a une très faible marge d'erreur. 3. Nous partons du principe que la CAQ ne peut au mieux que rester à 17-18%. Or, l'électorat Québécois peut être volatile en campagne et rien ne dis que la CAQ ne pourrait pas repasser au-dessus des 20%.

Au final, si je mets dans la peau d'un stratège Péquiste, je me dis que je ne vois pas comment une situation davantage favorable pourrait se produire dans les 12 prochains mois (le PLQ ne chutera pas sous son score actuel, le PQ ne sera pas à 40% dans les sondages). Les chances sont actuellement dans le camp Péquiste et le chef Libéral n'est pas encre complètement en poste. Le pari est risqué, mais en politique c'est toujours le cas. Historiquement, il semble que les gouvernements qui choisissent quand partir en élections ont davantage de succès (à première vue, je n'ai pas une analyse scientifique sur le sujet).