Est-ce que l'élection Québec 2018 est déjà décidée?


La loi de Betterridge des titres dit que si un article a une question dans son titre, la réponse est non. Cet article ne fait pas exception. La réponse courte est non, la CAQ n’a pas encore gagné l’élection provinciale de 2018.

Cet article se veut un regard sur la course à quelques jours du début (officiel) du scrutin. Il s’agît aussi d’un complément à mes projections pour le Journal de Montréal, basées sur le dernier sondage Léger. Ce dernier place la CAQ 6 points devant le PLQ. Le PQ est loin en troisième à 18% tandis que QS est à 10%.



En me basant uniquement sur ce sondage, cela donnerait à François Legault 93% de chances de gagner, dont 68% de chances d’avoir une majorité. 93% est une probabilité très élevée mais il y a plusieurs raisons de penser que cette élection est loin d’être jouée. Pour plusieurs raisons.

1. Les élections au Québec comptent

L’électorat Québécois est volatile. De loin le plus volatile au pays. Si ce n’était pas le cas, Pauline Marois serait actuellement en train de briguer un 2e mandat majoritaire et Thomas Mulcair serait Premier Ministre. Il y a eu la vague ADQ en 2007, la vague orange en 2011. En 2014, Le PQ commençait la campagne en tête (après des mois de progression grâce à la Chartre) mais tombait rapidement et laissait filer le PLQ en tête. 2015 a aussi vu l’effondrement du NPD et la montée de Trudeau.

Cette fois-ci, il est clair que la majorité des électeurs veulent du changement. Le désir n’est peut-être pas aussi prononcé qu’en CB l’année dernière ou en Ontario il y a 3 mois, mais il est bel et bien là. La CAQ s’est idéalement placée depuis 18 mois afin de récolter ces votes du changement. Legault a réussit à attirer des votes du PQ, PLQ et de QS. Il a positionné son parti bien plus au centre que la défunte ADQ (objectivement parlant, si vous lisez le programme de la CAQ, bien peu d’éléments sont vraiment de droite).

Le PLQ chute lourdement par rapport à 2014 et se retrouve même sous les résultats de 2012. Même les anglophones semblent, en partie, délaisser ce parti (ce qui n'est pas sans rappeler la campagne en 2012). Il reste que la formation Libérale bénéficie de plusieurs comtés assurés. De plus Couillard a prouvé qu’il pouvait faire campagne.

Le PQ a vécu une dernière année horrible et, soyons honnêtes ici, n’a actuellement aucune chance. 40 jours de campagnes peuvent changer cela, mais si l’élection avait lieu demain, la vraie bataille du PQ serait de gagner davantage de sièges que Québec Solidaire. Reste que Lisée est un fin stratège et je ne serais pas surpris de voir le PQ progresser durant la campagne. Il reste un nombre non-négligeable de souverainistes et le PQ va se positionner plus à gauche que la CAQ. Aussi, remarquer que l'interval de confiance pour le PQ va de 5 à 20 sièges. Cela veut dire que ce parti est pas mal à son plancher actuellement. Une moyenne des projections vous donnerait le PQ plutôt vers les 10 sièges (ce qui resterait terrible).

Quant à Québec Solidaire, après avoir vu les sondages la placer à 15% et plus (après l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois), cette formation se retrouve vers les 10%. Ses sièges actuels semblent assurés (même Mercier avec le départ de Khadir), en grande partie car le PQ a chuté entre temps. C’est une nouvelle ère pour ce parti qui a perdu ses deux chefs historiques et la barre de succès est à 10% selon moi. Un résultat en-dessus serait un échec. Une progression hors de Montréal (Gaspésie par exemple?) serait aussi la bienvenue (en votes, pas sièges réalistiquement).

Le Parti Conservateur du Québec voudra probablement atteindre les 3-5% mais surtout faire un meilleur score dans la région de Québec. Son chef se présente dans Chauveau et tant les projections qu'un sondage local le place en 3e position. La barre des 10% n'est pas un objectif irréaliste.

Les Verts existent toujours (leur chef s'étant présenté dans genre 10 partielles!) et se retrouve à plus de 4% chez Mainstreet mais seulement 2% chez Léger. Ce parti semble séduire chez les non-francophones.

Finalement le NPDQ fait ses débuts... Il est inclut dans Léger mais pas Mainstreet. Il sera probablement difficie de projeter ce parti si seulement la moitié des sondages offrent cette option. Surtout que les nouveaux partis sont toujours plus compliqués à projeter.

La récente élection en Ontario a montré qu’un parti largement en tête au début (les Conservateurs) s'est en fait retrouvé sous la menace du NPQ jusqu’à la fin (le NPD avait possiblement l'avantage avec 1 semaine à faire!). Legault va ainsi devoir défendre son avance tout en étant attaqué de toutes parts. La CAQ est dans une situation à double tranchant : elle attire de partout mais elle peut aussi perdre partout.

Finalement, et tel que mentionné par le JdM, une part importante des électeurs peut encore changer d'avis (12% d'indécis et 45% peuvent changer).


2. Tous les sondages n’ont pas la CAQ autant en avance

Mes projections pour le Journal de Montréal étaient basées sur le dernier Léger (vu qu’ils avaient commandé ledit sondage). Un sondage avec une grande taille d’échantillon et d’une firme réputée. Cela étant dit, nous avons aussi les sondages Mainstreet maintenant (il faut payer cependant pour avoir accès) et ces derniers montrent la CAQ plus proche des 30% que des 40% (ils ont aussi le PLQ un peu plus bas que chez Léger). Si je fais la moyenne des deux et accorde un peu plus d’indécis au PLQ (prime à l’urne, sous-estimation typique des gouvernements sortants, etc), j’aurais le PLQ à 30% et la CAQ à 34.5%. Une avance de moins de 5 points.

La CAQ resterait favorite mais les probabilités seraient maintenant de 11% pour les Libéraux et 88% pour la Coalition. De plus, les chances d’une majorité Caquiste ne seraient « que » de 54%. Très loin d’être assurée. Littéralement à peine meilleur que pile ou face. Et si l’on commence à parler gouvernement minoritaire, alors là plusieurs possibilités et complications existent.

Peut-être plus pertinente est la question de savoir si la CAQ a un avantage électoral. Après tout, il est bien connu que le PLQ devait en général récolter 3-5 points de plus en termes de votes que le PQ afin de remporter le plus de sièges. On peut imaginer que la CAQ a le même avantage grâce au vote francophone. Le graphique ci-dessus vous montre une estimation de cette question.



L’axe horizontal vous montre la différence entre la part des votes de la CAQ et la part pour le PLQ (ainsi, +2 signifie que la CAQ gagnerait le vote populaire par deux points). Comme vous pouvez le voir, en cas d’égalité du vote populaire (0 sur l’axe horizontal), la CAQ aurait quand même 80% de chances de gagner le plus de sièges. Pour avoir une course 50-50, il faut que le PLQ soit en avance par environ 3 points (50% sur l’axe vertical et -3 sur l’horizontal). Ces chiffres sont valables pour la CAQ vers les 30-35%, le PLQ vers les 27-32% et le PQ vers les 18-20%.
Ce graphique montre que tant que la CAQ sera en avance dans le vote populaire, ses chances de gagner le plus de sièges resteront bonnes. Mais rien ne serait garanti, en particulier une majorité.


Conclusion

Cette élection est loin d’être jouée d’avance. La CAQ démarre en tête et favorite, cela ne fait aucun doute. Mais les Libéraux ne sont pas si loin derrière. Le PQ ne peut actuellement espérer prendre le pouvoir mais on a vu de telles remontées dans le passé au Québec. Personnellement, je ne serais pas surpris si on devait se retrouver dans une situation similaire à 2012 où les trois partis sont dans la course à un moment donné.
Je commencerai à faire des mises à jour quotidiennes la semaine prochaine. En attendant, vous pouvez vous amuser à faire vos propres projections avec le simulateur. J’ai ajouté le NPDQ (combien même Mainstreet ne l’inclut plus dans ses sondages).

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